Pour se rendre à l’école secondaire de Liwonde, nous avons deux options : la marche à pieds (40 minutes/gratuit) ou le vélo-taxi (15 minutes/250 Kwacha). Ces deux options se valent dans le sens où la marche se veut un investissement pour notre santé et le vélo, lui, une façon d’encourager l’économie locale. Ce matin, j’ai opté pour la deuxième option, car il faut être très tôt au chantier pour compléter les fondations. Du haut de mon siège rembourré, les scènes quotidiennes ne sont plus les mêmes : c’est dimanche ! J’aperçois des gens proprement habillés, prêts à passer, en partie, leur unique journée de congé à l’église. Cela contraste clairement avec les autres jours de la semaine, et encore plus avec le Québec.  Ici, les gens sont croyants et pratiquants. Chacun s’associe à une église en particulier ; la plupart sont catholiques. Ma grand-mère serait contente de savoir qu’ils se respectent, peu importe leur croyances.

Près de l’école, le chemin se veut cahoteux. Le confort du pavage passé, on ralentit pour amortir les impacts. J’ai une pleine confiance en mon pédaleur, alors au lieu de fixer la route craintivement, je regarde l’horizon tout autour de moi. La lumière dominicale rayonne au travers des arbres qui commençaient enfin à fleurir. Je souris curieusement dès que j’aperçois un soupçon de couleurs qui diffère du brunâtre sec. Je vois cette transition comme une nouvelle saison, mais qui se terminera par le début des pluies. Il faudra optimiser nos efforts afin de respecter les délais très stricts ; des délais que personne ne croit possible outre notre équipe optimiste ! C’est d’ailleurs pour cela que nous travaillons ce dimanche. Peut-être sommes-nous trop amoureux du projet ?

Sur le chantier, c’est la même routine : des ouvriers accomplissant un objectif commun entrecoupé de quelques pauses et de quelques corrections techniques. À première vue, l’avancement des travaux me fait douter : comment des travailleurs peuvent manuellement et avec si peu d’outils compléter des tâches de si grandes envergures ? Le temps fait bien les choses. En fin de journée, je suis toujours surpris par le travail effectué. C’est encourageant.

Les ouvriers sont heureux d’avoir fini leur quart de travail. Je les comprends : près de douze heures d’effort physique c’est un peu exigeant, surtout lorsqu’ils sont mentalement en congé en train d’écouter des chants énergiques à l’église. Je m’entends particulièrement bien avec un des travailleurs. Il vient toujours discuter avec moi quelques instants avant de retourner à sa maison. Inévitablement, le sujet de la religion fait surface. C’est un sujet qui peut être délicat. Il m’explique fièrement ses croyances et l’endroit où se situe son église. C’est toujours intéressant d’écouter un être passionné, peu importe le sujet de conversation.

(Je m’y attendais depuis un moment) Il me demande aussitôt ses explications terminées : « And you, what is your religion ? »

J’ai répondu spontanément : « While I am in Malawi, my religion is Working on this beautiful project. »

Je n’ai pas eu besoin de philosopher bien longtemps pour réaliser que ma réponse était logique :

–   Même si personne n’y croit vraiment, j’ai la foi que nous allons réaliser cette structure dans les délais requis.

–   Nous utilisons des bibles d’ingénierie qui expliquent tous les aspects techniques à considérer dans le but de construire un bâtiment sécuritaire.

–   Nous cherchons à transmettre de belles valeurs et des connaissances utiles dans le but d’aider son prochain, ou plutôt d’aider sa prochaine construction.

–   Le jour du seigneur de notre religion est le lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche. On s’y réunit pour entretenir notre croyance commune.

–   …

Il existe une multitude d’analogies qui met en relation la religion et notre projet. Selon moi, l’important c’est seulement de rester curieux par rapport à la culture de l’Autre. Le potentiel d’apprentissage est infini lorsqu’on interagit avec nos voisins (pas besoin de traverser l’océan).

Et je ne cesse d’apprendre. Usiku wabwino mzanga (trad. : Good night my friend) !

Tendrement,

PH