Cela fait maintenant dix jours que nous sommes partis. Dix jours, ça semble comme si peu, mais pourtant j’ai l’impression d’en avoir appris et d’en avoir vu tellement! Sans compter la gamme d’émotions que nous avons pu ressentir jusqu’à maintenant. J’aimerais vous résumer notre première semaine pour vous donner une meilleure idée;

Tout d’abord, il y a eu le départ de Montréal au petit matin, la gorge serrée et les larmes au bord des yeux mêlées à la fatigue de chacun. La fatigue des dernières semaines de préparation mêlée à une anticipation de l’inconnu devant nous avait pour effet d’engourdir les émotions en quelque sorte. Arrivés à Washington, nous avons fait face à la réalité américaine avant de s’embarquer pour l’Éthiopie. Vincent a mangé un de ses meilleurs hamburgers à vie à 6h00 du matin (c’est probablement la dernière bonne pièce de bœuf qu’il aura mangé pour quelques mois!)

Le vol de 12 heures, quant à lui, a été long et déshydratant; nous avons survolé la Gaspésie, le Royaume-Uni, l’Europe, la Méditerranée et le nord-est de l’Afrique avant d’atterrir à Addis Abeba. Les pieds en sol africain pour la première fois; il fait chaud et ça sent le smog. En entrant dans l’aérogare nous perdons Étienne et Pierre-Hugo, ça l’air qu’y’avait deux chemins pour se rendre à la même place! Nous nous retrouvons rapidement en vol vers Lilongwe, nous sommes fatigués et encore plus déshydratés, mais rassurés par la notion que nous pourrons bientôt être rendus!

Arrivés à Lilongwe, on a pris nos températures, émis nos visas et nous avons pu récupérer nos valises. La valise de livre nous a été remise en dernier; elle a été fouillée et je ne serais pas surprise qu’il manque quelques livres. Nous avons été accueillis par deux membres de l’organisation partenaire (WUSC) et ce fut rassurant parce qu’à partir du moment où on met les pieds à l’extérieur il y a au moins 20 personnes qui veulent nous aider avec nos bagages et nous offrir leurs services de taxi.

Une fois dans la voiture du WUSC on a eu droit à nos premières images de la vie africaine. C’était le début de l’après-midi, les enfants revenaient de l’école, il y avait des arbres en fleurs mauves, des vaches, des chèvres et des poulets un peu partout. Lilongwe c’est une grosse ville en terme de population, mais sans le feeling d’une grosse ville; les bâtiments ne sont pas hauts et les quartiers sont étendus, c’est comme une grosse banlieue. On n’arrêtait pas de dire qu’on se sentait comme à Brossard, mais Pierre-Hugo n’était pas d’accord. C’est vrai qu’à Brossard y’a pas de policiers corrompus qui veulent te soutirer de l’argent au coin des rues et on n’a pas besoin d’y dormir dans des filets imprégnés, mais bon, détail.

Nos premières rencontres avec les représentants du WUSC se sont très bien déroulées. Nous avons eu la chance d’y apprendre quelques mots de Chichewa; je ne pensais jamais être capable de me rappeler des combinaisons de syllabes pour pouvoir exprimer quoi que ce soit, mais nous avons somme toute réussis à maitriser le Muli banji, Ndili bwino kaya inu, Ndili bwino nso zikomo, zikomo. (Comment allez-vous, je vais bien et vous, je vais bien merci, merci.)

Nous avons ensuite entamé le voyage vers Liwonde; une série de paysages magnifiques, mais embrouillés par la poussière. 4 heures de montagnes, forets, et feux de bois parsemés de villages, de marchés et de toutes sortes de gens tout au long de la route. Des gens parfois si loin des villages, marchant sur la route, qu’on se demande d’où ils peuvent bien venir et où ils peuvent bien s’en aller. Nous sommes arrivés à Liwonde de noirceur, la route ayant été plus longue que prévu. J’ai été surprise de l’énorme quantité de chauve-souris et de moustiques autour des lampadaires de la petite ville et plutôt rassuré de la découvrir à nouveau à la lumière du jour le lendemain.

Le lendemain de notre arrivée, l’école secondaire où se déroulera notre projet a tenu une cérémonie de première pelletée de terre afin de lancer le projet. Les élèves de l’école, le groupe des mères, l’organisation partenaire FAWEMA, l’organisation parents-professeurs, le membre du parlement pour le comté, la commissionnaire du district ainsi qu’un représentant du ministère de l’Éducation étaient présents lors de cette cérémonie. On a pu y remarquer l’engagement de la communauté locale à la réalisation de notre projet. Ce fut vraiment très encourageant et joyeux.

Pendant nos 3 premiers jours à Liwonde nous sommes restés dans un lodge luxueux se voulant un lieu pour héberger les étrangers voulant expérimenter le safari du parc national de Liwonde. Le contraste entre la pauvreté à l’extérieur et le luxe à l’intérieur du lodge sont un peu trop percutant; notre salle de bain était munie d’une énorme douche du futur avec des jets pour massages et tout le kit, mais une fois sur trois il n’y avait plus d’eau dans le système de la ville. Nous avons tout de même profité des derniers moments à l’air climatisé ainsi que du cinéma maison avant de quitter!

Ce dimanche, une semaine après notre arrivée, nous avons pu intégrer notre maison. Ruth, une des professeures de l’école a été d’une aide incroyable. Elle et son mari nous ont déménagés, et sont allés en ville nous aider à acheter tout le nécessaire pour la maison tous les jours depuis notre emménagement. La maison est chaude, surtout la nuit, mais très confortable. Nous avons même eu la chance d’engager une bonne pour nous faire à souper, garder la maison propre et faire notre lavage.

En ce qui a trait au projet, les choses avancent tout de même très vite. Cette semaine, nous avons établi des contacts avec l’école, la ville, le district, les organisations locales tels le groupe des mères et l’association parents-professeurs. Nous avons effectué un relevé du terrain de l’école afin d’y implanter le bâtiment. Nous avons ouvert un compte de banque malawite et espérons y transférer l’argent du projet bientôt. Nous travaillons à obtenir un permis de construction et à emprunter autant d’équipements que possible pour ne pas avoir à en acheter trop. Nous travaillons aussi à engager un contremaitre qui pourra nous aider à employer la main-d’œuvre locale. Nous espérons débuter le chantier lundi prochain; les bénévoles provenant des villages environnants viendront nous aider à débuter l’excavation pour les fondations.

Sur ce, je vais me limiter à deux pages pour aujourd’hui! J’espère que tout va bien en Occident!

Élizabeth Laurendeau-Fitzpatrick