Un seul objectif depuis le départ. Des mois de préparation et une très certaine détermination. Construire au Malawi, c’est semblable en tous points à un marathon, le cardio en moins et la sueur en prime. Un genre de marathon d’équipe, travaillant à relais sur les faux-plats et fonçant d’un bloc dans les lignes droites.

Sur la ligne de départ, on voit de loin nos proches, et aussi d’autres qu’on ne connait pas très bien, mais qui sont venus nous supporter pour la grande course. Certains sont totalement enthousiastes à l’idée de nous y voir, et si d’autres cachent mal leurs doutes quant à notre capacité de terminer dans les temps, faut répondre qu’on va réussir coute que coute. Une belle réponse toute faite, invariable parce que préparée longtemps d’avance, mais qui sert à convaincre tant l’autre que soi-même.

Après 8 semaines bien comptées, il apparait plus que réaliste de croire que la victoire est à portée de main. Mais quel genre de victoire? Honnêtement, je ne crois pas que toute cette préparation mérite une place en queue de peloton. Alors, faut fermer les yeux, prendre un peu (beaucoup) d’eau, humer l’air trop sec et foncer de tout son corps endolori vers la fin.

Au fond, on peut dire qu’on l’a plus qu’atteint, ce mi-parcours. La partie rough arrive, ce qui rendra la victoire encore plus savoureuse.

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Donc, on parle ici de 8 semaines depuis notre arrivée au Malawi, 7 semaines à Liwonde, 6 semaines de chantier dont 5 avec notre équipe de travailleurs et environ 4 jours de congé. Hé ben.

Je ne sais pas si j’aimerais qu’il me reste plus de temps au Malawi, si j’ai hâte de voir ce qu’on va accomplir dans les 5 prochaines semaines ou si j’ai simplement hâte à l’hiver.

8 semaines, c’est assez long pour devenir un genre de local  (à dire en anglais) que les gens ne remarquent plus trop, sauf au détour d’un parterre plein d’enfants. Ça permet de faire comme les Malawites: lever la main en direction des vélos-taxis le matin pour que deux d’entre eux accourent et pédalent sans instruction vers l’école; faire la file pendant d’interminables minutes pour acheter de l’eau embouteillée au «Peoples» le temps que la caissière blasée, étrangement en service 7/7, replace ses cheveux et daigne additionner 4 produits; être invités à un mariage où on connait au moins 10 personnes et où on se fait offrir un verre de vin undercover par le proprio de la quincaillerie; se faire souhaiter «bonne nuit» en textos par notre soudeur et traiter de «Azungus» les Blancs touristes embarqués dans un jeep couleur zèbre en safari dans la ville.

8 semaines, c’est amplement suffisant pour s’habituer à la température suffocante de notre district (ce commentaire ne concerne vraisemblablement que moi), réputé pour être le plus chaud du Malawi, faire le tour du marché pour connaître les racoins où trouver de l’excellent pain ou aller voir la vendeuse de mangues qui en donne une en bonus.

On vit bien, on dort relativement bien et on mange une suite infinie des mêmes trois repas. Honnêtement, je préfère ce contexte à la pluie froide de novembre. Ici les feuilles poussent, sans même attendre la pluie. Ça serait bien si nos arbres québécois étaient aussi impatients à l’arrivée du printemps.

Donc, il reste 5 semaines bien comptées. Certains peuvent avoir hâte de revenir et de goûter à nouveau à cette chère poutine au bacon ou au quart-poitrine avec le petit pain sec et la sauce brune. Pour ma part, j’ai surtout peur de manquer de temps. Pas pour l’assemblage de briques-mortier-bois-tôle que nous réalisons actuellement. J’ai peur de ne pas avoir le temps d’apprendre suffisamment de chichewa pour surmonter mon incapacité d’aller au-delà des salutations avec le gars du vélo-taxi, avec la caissière incompétente du «Peoples» ou avec Rodrigue, le proprio du Ideal Hardware shop. Aussi, je serais déçu d’apprendre deux jours avant notre départ qu’un pan complet du marché nous est encore inconnu et qu’on y vend des melons d’eau.

Par-dessus tout, nous devons prendre le temps de dépasser notre mandat de bâtisseurs pour laisser aux étudiantes et aux gens que nous côtoyons des outils, des idées et des méthodes qui feront leur chemin. Il reste moins que la moitié, mais tant que nous n’avons pas encore les pieds dans l’avion, tout est encore à faire.

Etienne