Ce n’est pas mon premier chantier et certainement pas mon dernier. Ça a commencé mardi :

Première vraie pelletée de terre,

Pas un simple évènement protocolaire,

Une VRAIE pelletée,

Manuelle et pleine de volonté.

Chaque effort demande plus de persévérance. Chaque peine est amplifiée. L’environnement de travail est lourd à porter. Le vent souffle la chaleur. L’ombre se cache timidement ; les arbres manquent de feuilles. J’ai rarement vu un soleil aussi haut. Cela ne m’empêche pas de pelleter ou de piocher pour autant !  À cet instant, il n’y a aucune hiérarchie. Aucune surveillance n’est requise, la tranchée n’est pas suffisamment creuse ! J’aide nos nombreux bénévoles à creuser. Ils m’aident à compléter un projet. Nous collaborons dans le but d’accomplir un objectif commun. C’est beau l’entraide ! C’est d’ailleurs ce qui me motive à surpasser certains obstacles physiques et psychologiques. On a peu de limitations lorsqu’on est déterminé, mais je dois avouer que c’est d’autant plus stimulant lorsque l’avancement des travaux est palpable. Et je vois l’évolution du futur bâtiment.

Nos bénévoles défient les lois du travail, et ce, peu importe le sexe !

Déf. femme : ce n’est pas parce qu’elle porte un enfant sur son dos que le creusage est inefficace ! Au contraire, ça semble avoir un effet stabilisant ce qui optimise chaque coup au sol.

Déf. homme : qu’est-ce qu’une pause ? C’en est inquiétant ; l’endurance à l’état humain au profit d’une construction rapide !

C’est dommage qu’il existe une barrière langagière entre nous. Je ne parle que quelques mots du chichewa et trop peu de bénévoles sont capables de s’exprimer en anglais. C’est dommage parce qu’en groupe, ils ont l’air de s’amuser et je n’arrive pas à saisir leurs rigolades. Même si je ne comprends pas, ça me fait rire de les voir s’amuser. J’oublie pendant ces quelques instants la chaleur. Le vent souffle soudainement la fraîcheur. Il n’y a toujours aucune ombre, mais c’est le dernier de mes soucis. Je cède à l’inertie de ma lourde pioche. Machinalement, j’utilise cette inertie pour creuser de plus en plus profond jusqu’à ce qu’un repos soit nécessaire. Je dois reprendre mon souffle ; c’est épuisant. À côté de moi, les bénévoles n’arrêtent pas, ou presque.

Je me demande alors : « Ils n’ont aucun besoin de récupération, eux ? »

Ils se demandent alors : « Ce Azungu (signifie blanc) arrête-t-il déjà ? »

Quand même, bien que la productivité de nos travaux soit bien mince par rapport à leur rendement, j’ose espérer que mes efforts manuels tendent à éliminer les quelques barrières hiérarchiques et à les motiver à se surpasser. Ce projet doit être et sera une collaboration de la fondation jusqu’à la finition.   Après tout, il bénéficiera aux filles de la communauté, leurs filles.

Tendrement,

PH