La construction avance bien, mais j’ai noté que la main d’œuvre est changeante dans le sens où quelques travailleurs quittent pour diverses raisons et ils laissent place à d’autres.

Je vous présente Carlos. C’est un manœuvre fidèle au poste depuis le tout début de mon arrivée à Liwonde. Bien qu’il ne parle pas du tout anglais, c’est une personne avec qui j’entretiens une belle relation. Sa maigre stature est atypique pour un homme qui œuvre dans le domaine de la construction au Malawi ; un domaine physiquement exigeant puisque tout est manuel : du creusage des fondations jusqu’à monter les fermes de toit !

Cependant, il ne faut pas se fier aux apparences.

Carlos est un pur travaillant. Il s’efforce à pleine capacité jour après jour. On s’entend, la description de ses tâches sont limite déprimantes : approcher les briques, transporter le mortier dans des brouettes, aider à mélanger le béton, etc… Je ne crois pas l’avoir vu sans volonté depuis le commencement de la construction. Sa constance m’impressionne.

Peu importe la tâche à accomplir, il était toujours nu pieds. Et oui, il avait parfois les orteils directement dans le ciment sans aucune protection, même pas une paire de souliers troués. Pour être honnête, je n’étais pas très à l’aise avec ces conditions de travail. Ce n’était pas uniquement nocif pour les pieds, c’était surtout dur pour ma conscience. J’ai donc décidé d’investir pour des bottes ; un investissement exaltant. Sur la photo, c’est la dernière journée où il était nu pieds ! J’espère que les bottes serviront pour plusieurs futurs projets.

Carlos représente pour moi la sombre clarté. C’est pourquoi je tenais à vous le présenter. Son salaire n’est certainement pas suffisant pour combler tous ses besoins, sinon il ne serait pas nu pieds. Son alimentation se limite au met typiquement sans nutriment : du nsima (met simplement composé de farine de maïs et d’eau bouillie jusqu’à avoir une texture pâteuse). Même s’il est capable de l’endurer, il est clair que les efforts physiques qu’il réalise quotidiennement surpassent sa réelle capacité. Bref, son contexte de vie semble excessivement difficile (sombre). Malgré tout, c’est une personne qui me sourit à chaque fois qu’on se croise sur le chantier et qui semble s’amuser avec ses collègues. Pour contrer les barrières langagières et parce que j’avais envie de discuter avec lui, j’ai appris quelques phrases en chichewa qui dépassent le cadre des simples salutations. Je garderai toujours en mémoire son enthousiasme lorsque j’ai mis en pratique mes apprentissages. Sa joie omniprésente éclaire son environnement ombrageux. Je garderai de très beaux souvenirs de Carlos, un collègue qui m’est cher. Sous son corps timide se cache une grandeur d’âme : je l’admire.

Tendrement,

PH